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Petite histoire de la canne à sucre

La canne à sucre originelle

Bien qu’il en existe plusieurs variétés, celle qui nous intéresse est la Saccharum Officinarum, décrite par Linné (naturaliste Suédois qui est à la base de la classification actuelle des végétaux, animaux et minéraux) en 1753. Elle doit son nom au fait qu’elle était, dans un premier temps en occident, surtout utilisée dans les préparations en pharmacie.

Cette variété de canne à sucre est originaire de Nouvelle Guinée, une grande île de l’Océanie située juste au Nord de l’Australie.

On estime que l’on a commencé à cultiver sa première souche entre 1500 et 1000 ans avant JC. Les Hommes d’alors la consommaient de la façon la plus simple, en mâchant ses tiges pour en extraire le jus sucré.

Elle a commencé à rayonner, d’abord dans les îles voisines d’Indonésie, puis elle s’est propagée dans le reste de l’Océanie et dans le Sud Asiatique jusqu’au Vème siècle avant JC. Durant cette période, elle a été voisine d’autres variétés nées dans l’Himalaya ou dans le Sud de la Chine. Des hybridations avec ces espèces primitives lui ont permis de gagner en taille et en robustesse. C’est là que de « canne de bouche » vivrière, la Saccharum Officinarum est devenue « canne noble », c’est-à-dire propre à la culture sucrière.

C’est au cours du même siècle qu’elle a été connue au Moyen Orient. Les Perses parlaient « d’un roseau qui donne du miel sans le concours des abeilles », et l’ancien testament fait état d’un « doux roseau importé d’un pays lointain ».

L’occident a découvert la canne à sucre grâce à un lieutenant d’Alexandre Le Grand revenant d’une exploration en Inde en -327.

La canne  à sucre en Occident

La culture de la canne a continué sa progression vers l’Ouest en s’établissant tout autour de la Méditerranée. C’est une souche d’Inde, héritière des croisements d’espèces originelles, qui a été sélectionnée et propagée. Alors que les Perses avaient domestiqué la canne et même développé la technique permettant d’en extraire le sucre, ce sont les Arabes qui ont commencé à les diffuser. La culture à grande échelle et la fabrication de sucre ont commencé à partir de 637, d’abord dans le croissant fertile de Mésopotamie (qui correspond en gros aujourd’hui à l’Irak, la Syrie, le Liban, Israël et l’Egypte), puis en Afrique du Nord et en Andalousie. C’est ce qu’on appelle « la filière arabe ».

« La filière Chrétienne », un peu plus tardive (XIIème et XIIIème siècle), est née de la rencontre des Croisés et des Arabes au Moyen Orient. Les Chrétiens ont ainsi propagé à leur tour la culture de la canne dans les îles de Méditerranée, d’abord à Chypre, puis en Crète, en Sicile et en Espagne. Le reste de l’Europe découvre le sucre qui se monnaie alors à prix d’or, et la première raffinerie Vénitienne fait fortune.

Au cours du XVème siècle, les échanges commerciaux entre les grandes puissances économiques que sont les Génois, les Florentins et les Espagnols vont se retrouver bouleversés par la prise de Constantinople par les Turcs à l’Est et par le recul des Arabes à l’Ouest. Alors que ces derniers reconcentrent avec succès leur production en Afrique du Nord, les Chrétiens consacrent entièrement leurs possessions de Madère, des Açores, des Canaries et de Sao Tomé à la canne et au sucre.

Vers le nouveau monde

Christophe Colomb introduit la canne à Saint Domingue dès 1493. Dans le nouveau monde, notre Saccharum Officinarum devient la Canne Créole (Caña Criolla).

La production du sucre commence en 1509 et s’étend aux Antilles et en Amérique (Porto Rico, Mexique, Brésil, Pérou) au cours du XVIème siècle. C’est au Brésil que naissent les premières grandes plantations sucrières. Très prolifiques, leurs rendements suscitent les convoitises et les attaques d’autres pays colonisateurs. Les Hollandais prennent la place de leader aux Portugais pendant un temps puis se retrouvent chassés du Brésil. Ils se dispersent alors dans les Antilles et appliquent leurs méthodes souvent radicales et brutales. C’est ainsi que les premières expéditions de sucre à partir de Martinique et de Guadeloupe vers le vieux continent commencent au milieu du XVIIème siècle.

Dans le reste du monde

Alors que la culture de la canne à sucre au Moyen Orient, en Méditerranée et en Amérique est intimement liée à une souche venue d’Inde qui sera plus tard baptisée « Canne Créole » ; dans le reste du monde c’est la canne OTahiti (Saccharum Violaceum) qui va changer le paysage.

Cette variété a été introduite par Bougainville à l’Ile Maurice et à La Réunion où elle a pris le nom de canne Bourbon. Le marin et explorateur Français a effectué entre 1766 et 1769 le premier tour du monde officiel pour le compte de la France, et c’est en Polynésie qu’il a découvert cette espèce présente à l’état naturel. Elle se propagera ensuite aux Antilles et en Guyane à la fin du XVIIIème siècle, et atteindra même les colonies anglaises. Des Antilles, elle passera en Louisiane, et de Guyane, au Brésil. Elle a ainsi été la première variété cultivée dans le monde pendant la première moitié du XIXème siècle, avant d’être progressivement remplacée par d’autres espèces plus résistantes et plus rentables.

Utilisée lors de recherches et d’essais d’hybridation, elle a tout de même servi à enrichir les gênes de la Saccharum Officinarum d’aujourd’hui qui compte elle-même plusieurs variétés.

Les variétés de canne à sucre

Des centaines de variétés de canne à sucre ont été créées dans différentes stations de recherche et d’hybridation. En croisant et en enrichissant ces variétés, on cherche à les rendre plus résistantes aux maladies et aux intempéries, plus productives, plus riches en sucre etc.

Les variétés ainsi obtenues portent ensuite un nom barbare fait d’une initiale et d’une suite de chiffres. L’initiale correspond à la station d’hybridation, et les chiffres sont une sorte de référence, un numéro de série. Ce n’est qu’au niveau local que la canne adopte un surnom un peu plus charmant. C’est par exemple le cas de la fameuse Canne Bleue bien connue aux Antilles Françaises, et dont le code B.69-566 indique qu’elle a été créée à la Barbade. De la même manière, la Canne Rouge qui porte le code R.579 provient quant-à elle de La Réunion.

Plus encore que la variété de la canne, c’est surtout son terroir qui aura une grande influence. On vous explique pourquoi dans cet article sur l’importance de la canne et du terroir.

De l’âge d’or des plantations à la canne à sucre d’aujourd’hui

La canne à sucre est devenue une culture mondiale majeure au XVIIème siècle, avec le développement des plantations sucrières alimentant l’infâme commerce triangulaire et l’effroyable crime contre l’humanité qu’a représenté l’esclavage. C’est aussi durant cette période que le rhum de sucrerie tel qu’on le connaît aujourd’hui a pris son essor, dès lors que l’on a compris son utilité en tant que sous-produit de la production de sucre par le biais de la mélasse. L’industrie du sucre et du rhum n’a cessé de prospérer tout au long de la colonisation et a poursuivi son expansion au cours du XVIIIème siècle. Même avec la concurrence de la betterave apparue au début du XIXème siècle et les différentes crises économiques qu’elle a connue jusqu’au cours du XXème siècle, elle reste l’une des plantes les plus cultivées aujourd’hui, que ce soit pour le sucre, le rhum ou les biocarburants.

Pour savoir comment la canne à sucre devient rhum, nous vous avons aussi préparé un article sur l’élaboration du rhum et les différents styles de rhum. Bonne lecture !

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