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Longueteau : Interview de François Longueteau

À l’occasion de son passage dans la capitale pour les salons de la rentrée, nous avons pu discuter avec François Longueteau fils, maître de chai et responsable du marketing de la maison. Il nous a parlé de la toute nouvelle cuvée des 125 ans, de son métier de maître de chai, mais aussi de la nouvelle marque de la maison Longueteau, Papillon, dont nous entendrons de plus en plus parler à l’avenir…

Peux-tu nous parler de cette fameuse cuvée des 125 ans ?

C’est un assemblage de 3 millésimes : 2008, 2009 et 2010. C’est une jolie cuvée, qui se distingue de celle des 120 ans pour laquelle on avait choisi des grand millésimes de la maison. Ici nous sommes restés sur quelque chose plus simple, même si l’on refera quelque chose d’extraordinaire pour nos 130 ans.

Là, on est plus sur une cuvée « signature », sur l’esprit de la maison, avec un côté finement boisé et une jolie complexité. Nous avons choisi ces millésimes pour apporter le côté fruits rouges que l’on retrouve aussi sur les eaux-de-vie comme le Genesis par exemple. C’est ce que l’on a voulu exacerber, avec toujours cette signature finement boisée, élégante, complexe. Je pense et j’espère que c’est réussi, en tout cas nous en sommes fiers.

Est-ce que ces millésimes correspondent aux années où tu as commencé à travailler en tant que maître de chai ?

Non, car je suis arrivé en 2011, donc c’était juste avant moi. Il n’y a donc pas beaucoup de stock sur ces millésimes. Avant cela, mon grand-père faisait des rhums vieux « par défaut ». Quand il n’avait pas vendu tout son rhum blanc, il prenait quelques tonneaux à droite à gauche. Parfois il enfûtait un tonneau, parfois 25, mais ce n’était pas une habitude, donc il y avait un peu de dispersion en la matière ! (rires).

La vraie politique de vieillissement proprement dite a donc démarré en 2006. On peut dire que les 2008, 2009 et 2010 sont les premiers rushs de cette époque là.

Comment as-tu appris le métier de maître de chai ?

Quand je rejoins mon père en 2011, j’ai fait mes armes avec des expériences dans des mondes différents. Au départ, je viens pour aider notre structure familiale dans les domaines marketing et commercial, puisque nous ne sommes pas très structurés à l’époque sur ces volets là.

Ensuite, comme dans toute petite entreprise familiale, tu mets le nez un peu partout. Au delà des missions que m’avait confiées mon père à l’époque, j’aide un peu tout le monde, à la production, au chai, partout où il y a besoin d’un coup de main.

C’est là que je commencé à mettre le nez dans les fûts. Encore une fois, c’est une histoire familiale ; mon père me fait sentir le rhum depuis mes 8-9 ans, j’ai pris mon premier ti’punch à 13 ans, donc c’est presque inné. Évidemment, avec ce retour aux sources dans les chais, les fûts et les tonneaux, je retrouve un environnement qui me plaît bien.

Et puis il y a tout à faire, j’arrive en 2011 et la politique de développement des rhums vieux a démarré en 2006, donc c’est encore récent. Je commence à comprendre, donc c’est moi qui commence à recevoir les tonneliers, toutes ces personnes également capables de m’aider à mieux comprendre le pourquoi du bois, des tonneaux etc.

« Ce sont des rencontres, des hommes et des femmes qui m’ont permis d’enrichir cette vision et de découvrir plein de choses. »

Je me suis complètement approprié le chai à ce moment là, mais ce n’était pas prédéfini au départ. Je suis très clair là-dessus, je n’ai pas de formation diplômante au départ sur ce sujet, donc c’est un apprentissage sur le tas. Il faut goûter, goûter, encore goûter, et être passionné.

J’ai vraiment pris possession du chai en 2012, et 9-10 ans plus tard, me voila complètement investi là-dedans. J’ai vraiment respecté la tradition, je suis resté sur ce côté authentique que représente la marque et les rhums Longueteau.

Ma toute première cuvée création est le Prélude. Cela fait partie de l’évolution technique et aromatique des rhums Longueteau. C’est encore une fois une histoire d’Hommes. En 2014, j’ai rencontré un tonnelier (Emmanuel Boudaric de la tonnellerie Quintessence) avec qui on a beaucoup échangé. C’est quelqu’un d’extrêmement compétent, qui m’a apporté plein d’éléments, plein de solutions, de propositions. Nous avons donc fait des essais, et le Prélude (dans la collection Harmonie, ndlr) est sorti en 2017.

Combien avez-vous de fûts en vieillissement aujourd’hui ?

Lors de la passation entre mon grand-père et mon père en 2005, on récupère un parc d’environ 80 tonneaux. Aujourd’hui on en est à 500, et c’est largement suffisant à l’heure actuelle, mais il y a une énorme marge de progrès à faire. Cela fait partie des projets, puisque l’on est en train de construire un chai qui nous fera passer de 500 à 2000 fûts en 2024. Normalement, en 2027, on passera à 3500 fûts.

C’est un gros investissement, mais on a eu la chance de faire partie du plan de relance. On a une équipe qui a travaillé sur ce plan et sur ce que nous offrait l’État, donc on a obtenu une somme de 800 000 € pour démarrer les travaux, ce qui est très bien sur un projet de 5 millions d’euros !

Est-ce que vous travaillez uniquement avec du chêne français ?

Oui et non. D’une part, cela fait partie de ma volonté de continuer la tradition. Mon père, mon grand-père, mon arrière grand-père, même s’il n’y avait pas de politique de vieillissement, achetaient des fûts français ex-cognac quoi qu’il arrive. La famille Longueteau est originaire des Charentes Maritimes, donc il y avait ce lien fort que mon arrière grand-père et mon grand-père notamment voulaient garder. Ça, je n’ai pas voulu le changer, donc aujourd’hui, pour la marque Longueteau, on fait soit ex-cognac, soit chêne français neuf.

Par contre, il y a deux ans, on a créé la deuxième marque Rhum Papillon, pour laquelle on a uniquement du chêne américain, que ce soit ex-bourbon ou neuf. Je ne voulais pas toucher à la tradition, au savoir-faire de la famille Longueteau avec la marque qui porte notre nom de famille, et Papillon nous permet de nous éclater, d’élargir le champ des possibles. On n’avait jamais testé le fût de chêne américain, qui apporte plus de vanille, plus de rondeur, plus de gourmandise, là où le chêne français va donner plus de fruit et plus d’élégance. Ce sont des approches aromatiques radicalement différentes, que l’on aime bien traiter aujourd’hui.

Même si Papillon est jeune (on n’a du brun et du vieux qu’en très petites quantités), cela nous permet de traiter les deux profils aromatiques de manière différente.

Peut-être que le prix moins élevé du chêne américain permet aussi de respecter la politique tarifaire de Papillon, qui est vouée à être un peu moins haut de gamme que Longueteau ?

En effet, le chêne américain, qu’il soit neuf ou d’occasion, est beaucoup moins cher. Un fût ex-bourbon coûte aujourd’hui dans les 90-100 euros, quand le fût ex-cognac coûte dans les 450 euros. Mais la volonté n’est pas de dire que l’on a une marque plus premium que l’autre. Je considère Papillon comme étant une marque « premium » du rhum agricole, en tout cas je la souhaite comme telle.

Cela reste une entité Longueteau, donc une petite distillerie, qui ne fait pas 6 ou 7 millions de litres par an. Donc le côté entrée de gamme / gros volumes, on ne sait pas faire. L’idée est de vraiment traiter Papillon comme une marque haut de gamme, avec un profil aromatique différent et complémentaire de celui de Longueteau. Et puis de toute façon, c’est du rhum agricole, donc quoi qu’il arrive c’est du haut de gamme.

La distinction qui peut donner cette touche un peu moins premium, c’est que Longueteau n’est pas et n’ira jamais en grandes surfaces, alors que Papillon est présent à Auchan depuis son lancement. On peut avoir cette notion effectivement plus entrée de gamme. Il va y avoir une relance packaging qui va avoir lieu à la fin de l’année sur Papillon, car on avait voulu traiter cette marque dans un esprit festif (festivals, soirées…), mais le Covid nous a mis un coup dans l’aile… Donc va revenir pour bien faire comprendre que l’on reste sur un produit premium, certes caribéen, certes antillais, certes guadeloupéen, mais avec un axe de communication, de design et surtout d’aromatique complètement différent.

Papillon est vendu en grande distribution, mais est-ce qu’il sera aussi chez les cavistes ?

Oui, aujourd’hui en grande distribution tu as le blanc et le brun. Le brun est élevé 6 mois en fûts ex-bourbon très marqués et neufs, pour avoir ce côté très vanilline et très gourmand. Il a d’ailleurs été élu meilleur rhum élevé-sous-bois au monde aux ISS Awards l’année dernière, donc ça veut dire que l’on a plutôt fait un bon job sur le premier batch.

Ensuite, à partir de 2022, il y aura effectivement des cuvées chez les cavistes, et notamment un rhum vieux 3 ans d’âge, à la fois ex-bourbon et fût de chêne américain neuf. Dans un autre esprit, on aura aussi une gamme Spicy qui sera chez les cavistes dès l’année prochaine, toujours dans cet esprit et cette dynamique guadeloupéenne.

Ce sont des spiced, donc il y a des ajouts d’éléments comme du miel, des zestes d’orange, de la cannelle, de la vanille… avec 24 grammes de sucre par litre, ce qui reste assez bas en dosage dans le monde des spiced. L’idée est de traiter le volet guadeloupéen, qui aime bien les choses un peu rondes, un peu gourmandes, donc on souhaite rester dans cet esprit.

Avec Papillon, l’idée est de tenter des choses. Cela passe par ce côté fût de chêne américain, afin d’inviter à commencer à appréhender le monde du rhum par l’agricole et pas par autre chose. On a donc ce rhum brun assez doux, assez délicat, et un spiced volontairement dosé, mais avec un profil agricole assez sec qui est derrière. J’estime que l’on peut commencer par ce type de produit plutôt que de commencer par des choses beaucoup plus sucrées, beaucoup plus hispanophones.

Cela me rappelle le Spicy de Toucan, qui avait ce côté fun mais aussi un côté vraiment « canne »…

Oui, c’est important de rassurer. Quand tu commences par ce type de rhum, ce n’est pas trop fort en alcool et un peu sucré, mais en même temps tu as ces marqueurs rhum agricole qui ne devraient pas te surprendre le jour où tu es prêt à te lancer sur un alcool sec, comme Longueteau. Quelque part, on veut aussi dire que sur les entrées de gamme Papillon, on prépare à des choses un peu plus sèches de chez Longueteau, des 50 %, des 62 %, etc.

Pour en revenir aux fûts et à Longueteau : vous utilisez des fûts de cognac et des fûts neufs, peux-tu nous en dire plus ?

Sur les fûts ex-cognac, je n’ai pas toujours les informations. Je ne travaille pas avec des producteurs de cognac en particulier, puisque je passe toujours par mon tonnelier qui va récupérer différents fûts. Ce sont des fûts de 300 ou 350 litres, mais je n’ai pas forcément d’informations sur les types de chauffe au départ, ni si l’alcool précédent était du cognac ou du brandy.

Par contre, dès 2014, quand j’ai découvert les fûts neufs et l’amplitude possible sur ces fûts, j’ai commencé à beaucoup travailler dessus, et là j’ai choisi des choses bien précises en fonction de ce que je voulais faire. Sur Longueteau, je pense au Genesis vieux, au Genesis ambré ou au Prélude, par exemple, qui sont des 100 % fûts neufs, je suis sur des fûts de 225 litres, chauffe faible en intensité et moyenne en longueur. Pour le moment, on est uniquement sur du chêne de la forêt de Tronçais.

J’ai voulu un grain fin qui m’apporte cette notion fruitée, cette évolution vers le fruit délicat, alors qu’un gros grain me donnerait des notes beaucoup plus épicées, et une chauffe beaucoup lourde et forte m’apporterait des notes beaucoup plus amères. Je préfère rester sur un bois élégant et sur le fruité de la canne et du rhum blanc d’origine.

Il est peut-être plus facile de travailler avec du grain fin, dans la mesure où le gros grain peut avoir un impact trop rapide sur le rhum ?

Ce n’est pas vraiment une question de facilité, mais plutôt de choix aromatique. Typiquement, si l’on prend l’exemple du rhum brun Papillon, ce sont des fûts de 225 litres également, en chêne américain, en gros grain et chauffe longue. Le gros grain va nous donner cette note de vanilline très présente, et en plus, en le chauffant beaucoup, on va exacerber cette note vanillée et aller chercher ces notes presque caramel. Donc ce n’est pas une question de facilité mais bien de profil aromatique que l’on cherche à avoir.

Par contre, avec le gros grain, c’est sûr que si tu ne checkes pas ton fût et l’intensité de ton vieillissement de manière régulière, tu peux très vite passer sur des notes très amères, très noires, très fumées, et le retour en arrière est impossible ! Alors qu’effectivement, avec un grain fin, si tu veux l’intensifier, il faut juste lui donner un peu de peps avec un autre fût.

Je goûte mes fûts tous les 4 à 6 mois, pour éviter d’aller trop loin. Je le faisais tous les 4 mois au début, et je suis plutôt sur 6 mois aujourd’hui. Tout cela est en tout cas à manier avec beaucoup de délicatesse.

J’ai souvent lu qu’il était nécessaire de réduire les rhums avant de les mettre en fût, et à plus forte raison lorsque c’est en fût neuf. Comment as-tu géré cet aspect sur le Genesis vieux qui a été mis en fût à plus de 70 % ?

C’est le choix de ne pas beaucoup chauffer le fût, qui fait que sur un très fort degré, tu vas extraire des notes plus délicates. Mais tu as complètement raison, il faut effectivement faire attention à l’extraction que va chercher ton alcool et au fût que tu utilises. Si tu as un alcool très fort et un fût très marqué, tu vas avoir un profil très amer et très boisé, presque râpeux. Encore une fois, on fait des rhums comme on les aime, et si beaucoup de gens les aiment aussi, tant mieux, et moi je n’aime pas les rhums trop boisés.

Donc cela faisait en effet partie des réflexions que l’on a eues au départ. Il fallait choisir un profil de fût très spécifique, pour pouvoir en extraire une aromatique délicate. Ce sont les mêmes profils utilisés sur le Prélude et le Genesis : 225 litres, grain fin, chauffe faible.

L’avantage de ces Genesis, ambré et vieux, c’est qu’ils vont plus loin que la « mode » du brut de colonne…

Oui, je vais faire un peu « cocorico » (rires), mais nous avons été les premiers à nous lancer sur cette dynamique du brut de colonne. Nous n’avons jamais voulu la traiter d’une manière purement commerciale, parce que le brut de colonne n’a un intérêt que s’il y a un intérêt aromatique, une structure particulière et bien travaillée. Si c’est pour sortir du brut de colonne parce que c’est à la mode, parce que c’est la tendance, ce n’est pas possible.

Sans être prétentieux, on peut dire que l’on a lancé cette tendance avec le Genesis. On a vu plein de copains se lancer dans le brut de colonne, et aujourd’hui nous sommes légitimes car nous avons continué le process avec du rhum ambré, du rhum vieux, et il y aura des rhums plus vieux dans cette collection dans les mois et les années à venir.

Nous respectons toujours le produit de base, avec le fruit, la canne à sucre, c’est très important et ce n’est pas un effet de mode pour nous. C’est une gamme et un profil qu’on adore. Le distillateur est mon frère, il a du brut de colonne tous les jours sous les yeux, sous le nez et sur le palais, donc ce sont forcément des saveurs que nous aimons, et on le fait pour ça. Cela se maîtrise, c’est comme un cheval de course qu’il faut diriger pour qu’il aille le plus droit possible. Cela représente deux ans de maturation, beaucoup de temps et de patience, mais on le fait parce que l’on aime ça !

Vous faites partie du « Cartel des Spiritueux Familiaux »…

(Le Cartel des Spiritueux Familiaux regroupe des producteurs français tels que les maisons Darroze (Armagnac), Dupont (Calvados), Drouet (Cognac), Michel Couvreur (Whisky), Jacoulot (Marc et Fine de Bourgogne), Metté (Eaux-de-vie d’Alsace) et Longueteau, ndlr)

Je vois où tu veux en venir 😉

Le cartel a du sens dans la notion d’échange de procédés. On n’a pas le même métier, mais on a la même passion. C’est-à-dire que l’on a les mêmes profils ; nous sommes tous distillateurs, et même si nous ne travaillons pas le même fruit et que l’on ne vient pas de la même région, nous avons tous ce rapport au fruit, à la terre. C’est ce qui nous a rassemblés, avec aussi le fait que nous ne trouvions pas forcément un écho « terroir » et « passionné » dans nos fédérations respectives, où il y a beaucoup de politique, de réseau, mais où on ne parle pas beaucoup produit. Il y a une notion de pudeur, un peu de concurrence aussi, et le fait de se retrouver avec des producteurs passionnés de maisons non-concurrentes fait partie des raisons pour lesquelles on s’entend bien et cela marche bien.

“Donc avec cette équipe là, on ne parle que de fruit, que de produit, on met en avant nos difficultés respectives dans nos différents métiers, etc.”

Pour aller dans le sens de ta question que je vois venir (rires) : oui, il va y avoir des échanges de fûts, d’eaux-de-vie, du travail autour des différentes origines. Cela a déjà été fait par le passé, entre les différentes maisons d’origine du cartel, ce sont des choses qui vont sortir, et nous allons nous inscrire dans cette dynamique.

Pour revenir sur la volonté aromatique, je ne pense pas que ce seront des choses qui sortiront sous la marque Longueteau, parce qu’encore une fois je ne peux pas et ne souhaite pas changer la tradition ni l’origine aromatique historique de Longueteau. Mais ce seront des jolies choses qui pourront sortir sous la marque Papillon. Il faudra être patient, car nous n’avons intégré le cartel qu’il y a un an !

On était en réunion du cartel il y a une semaine, au domaine Dupont. Historiquement, quand j’étais adolescent ou jeune adulte et que j’ai découvert d’autres alcools, le rhum et le calvados restaient mes deux alcools préférés. Pour moi, ce sont les deux alcools où, peu importe l’âge du produit, tu sens encore le fruit d’origine. Je suis un grand fan de calvados, donc quand Dupont nous sollicite, on ne peut que répondre par la positive !

Sachant que vous êtes autonomes aujourd’hui du point de vue de la canne à sucre, est-ce que cette autonomie sera soutenable compte-tenu de vos objectifs de croissance ?

Je vais encore une fois faire la distinction entre nos deux marques actuelles. Pour la marque Longueteau, on est et on sera toujours autonomes en canne à sucre. Toute la canne provient du domaine. Effectivement, dans l’évolution de Longueteau, il faudra à un moment donné que l’on trouve d’autres parcelles, d’autres terrains. Nous sommes Capesterriens, de Capesterre-belle-eau, donc on ne veut pas d’un autre terroir que celui de Capesterre. À l’heure actuelle, nous sommes en train de chercher de nouveaux terrains pas très loin du domaine.

Ensuite, pour Papillon, nous avons déjà des cannes du domaine et des cannes en dehors. Effectivement, en termes de capacité de canne à sucre, nous ne pouvons pas faire les deux marques avec les cannes du domaine. Donc nous avons 3 variétés de canne à sucre, 2 qui viennent du domaine (la bleue et la rouge), et une troisième qui est en dehors du domaine mais qui vient quand-même de Capesterre-belle-eau, la canne jaune. Nous sommes agriculteurs, nous sommes pépiniéristes, donc même si la canne à sucre n’est pas sur notre domaine, c’est une canne que l’on plante, que l’on surveille, que l’on entretient, et que l’on récolte nous-même. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

“Sur Papillon, je ne m’interdis pas d’aller chercher d’autres cannes pour essayer d’autres profils, à condition que l’on soit en capacité de tout surveiller”

Sur le volet « industriel », on fabrique aujourd’hui 500 000 litres équivalent 50 %, soit environ 2500 hectolitres d’alcool pur (hap, ndlr). Avec l’outil actuel, sans modifier grand-chose, nous avons la capacité de faire à peu près 4500 à 5000 hap. Donc on a la possibilité de doubler, avec la distillerie que l’on a aujourd’hui. C’est un objectif que l’on se fixe, mais je ne veux pas aller plus haut, parce que je pense qu’il y aurait un risque qualitatif. Peut-être que dans 10 ou 15 ans, il y aura des technologies qui nous permettront d’aller plus loin sans modifier la qualité, mais pour l’instant l’objectif est de maintenir cette qualité.

C’est dans les plus vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes, donc je ne sais pas si une colonne toute neuve ferait le même job que celle qui a déjà plus de 40 ans dans la distillerie. Elle ne serait pas usée de la même manière ; ce serait plus propre, ce serait plus beau, mais je ne suis pas convaincu que l’on arriverait à faire le même rhum. Encore une fois, peut-être qu’à l’avenir les industriels seront en capacité de nous fournir de quoi répondre à nos questions, mais aujourd’hui ce n’est pas possible.

Mais de toute façon nous en sommes loin. Pour être tout à fait transparent, aujourd’hui sur les 500 000 litres que l’on produit, plus de 120 000 sont vendus en vrac. C’est possible pour nous de diminuer ce vrac, et c’est déjà le cas. Nous avons déjà diminué nos fournitures de vrac depuis 2-3 ans, nous continuons de les réduire et on commence par là avant d’aller acheter d’autres cannes à sucre.

J’avais lu qu’une certaine parcelle 11 était en conversion Bio, qu’en est-il aujourd’hui ?

Elle aurait déjà dû sortir, le problème est qu’en période Covid, la partie packaging est très compliquée. Nous avons beaucoup de mal à gérer les approvisionnements packaging depuis 1 an et demi maintenant. J’espère qu’elle sortira à la fin de l’année.

On est plus sur du Bio que sur de la conversion, puisque cela fait 5 ans que l’on travaille cette parcelle entièrement en Bio. Sauf qu’aujourd’hui, j’ai des difficultés à m’entendre avec Eco-Cert. À l’heure actuelle, l’organisme ne sait pas gérer sur un même domaine du conventionnel et du Bio.

La parcelle n°11 est une parcelle de canne rouge, et j’ai 8 autres parcelles de canne rouge qui sont traitées en agriculture raisonnée, mais pas en Bio. Il y a un fertilisant qui n’est pas Bio, mais qui est très nourrissant et qui nous aide beaucoup aujourd’hui, donc il est difficile de s’en passer du jour au lendemain. Eco-Cert ne veut pas nous certifier cette canne à sucre, parce qu’il y a de l’agriculture conventionnelle sur le même domaine.

Les deux options qui nous ont été offertes, et sur lesquelles nous n’avons pas cédé, c’est : changer de variété de canne à sucre, ce qui est hors de question pour nous (si tu changes l’ADN de ta canne, tu changes le goût de ton rhum), et la deuxième solution est de changer de structure fiscale pour cette parcelle… Il faudrait créer une société pour gérer cette parcelle-là à part !

Nous leur avons montré notre méthodologie de travail, et elle a été complètement validée, mais il s’agit vraiment d’une histoire de paperasse…

En 2018, trois nouvelles variétés de canne étaient en test, où en sont ces essais ?

Seule la canne jaune dont on a parlé tout à l’heure a été retenue. Elle est entièrement dédiée à Papillon, on ne l’exploite pas sur notre domaine. Nous avons un demi-hectare en pépinière, où nous faisons plein d’essais, que ce soit pour le CIRAD, l’INRA (aussi bien pour faire du sucre que du rhum), et pour nous-même. La canne jaune ne nous apportait pas toutes les garanties en termes de process de culture sur notre domaine, par contre elle était aromatiquement très proche de la canne rouge. Mais sur les domaines voisins, qui se situent à 4 ou 5 kilomètres, elles ont mieux pris et se sont mieux développées.

Est-ce que vous faites également vieillir les rhums des différentes parcelles séparément ?

J’ai du mal à défendre la notion parcellaire en termes de vieillissement. Quand tu parles de notion parcellaire, tu parles de terroir ou d’environnement. Donc ce sont des subtilités extrêmement fines qu’il faut très bien appréhender. Ce qui est intéressant, c’est de comparer les parcellaires pour comprendre l’évolution de ton agriculture, de ton fruit, au fil du temps, en fonction d’un terroir. Quand on fait entrer un fût dans le jeu, je crois qu’il donne une autre dimension.

Cela n’engage que moi, mais il n’y a pas deux fûts identiques, donc quand on va comparer deux fûts de deux parcelles différentes, qui auront un goût différent, je me demande si je serai capable de dire si ce goût différent vient de la parcelle. Donc on ne le fait pas et on ne le fera pas, sauf si à un moment donné j’ai des arguments techniques qui me permettent de le justifier.

Pour terminer, y-a t’il des rhums que tu apprécies à titre personnel, aux Antilles et même ailleurs dans le monde ?

Je suis né en Guadeloupe, je suis de culture rhum agricole, donc je ne vais pas te mentir et je vais te dire que j’ai beaucoup plus de mal avec les rhums étrangers qu’avec les rhums antillais (rires). Je ne me permettrais pas de dire que ça ne me plaît pas ou que je n’aime pas ça, mais ce n’est pas dans ma philosophie, ce sont des approches qui en termes de culture ne me correspondent pas.

Par contre, dans les rhums agricoles, je peux t’en nommer un paquet. Je suis un très grand fan de Neisson, j’adore ce qu’ils font. Si je dois sortir un produit de chez eux, c’est le XO Full Proof, une merveille. Pour rester en Martinique, le Cheval Bon Dieu de A1710 m’a beaucoup plu. Et puis en Guadeloupe, la cuvée Bolokos de Montebello est magnifique. Le Bologne Confidentiels finition Sauternes est sublime, et sans citer un produit en particulier, Bielle c’est superbe. J’ai tous ces produits chez moi !

Donc on ne fait pas que produire chez Longueteau, on boit aussi !

(rires) oui ! On boit raisonnablement, mais on boit !

Merci François pour cet échange, nous avons hâte de goûter la continuité du travail de Longueteau, et de découvrir un peu plus celui de Papillon. À très bientôt !

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